Guide complet
Qu’est-ce qu’une location de cabine esthétique ?
Il s’agit généralement d’un espace aménagé à l’intérieur d’un institut de beauté, salon de coiffure, centre de bien-être, spa ou espace partagé, mis à disposition d’une professionnelle indépendante.
La professionnelle peut y exercer, selon ses qualifications et la réglementation applicable, des prestations comme les soins du visage et du corps, l’épilation, la manucure, le maquillage, les modelages esthétiques, etc. Les soins esthétiques à la personne sont des activités artisanales réglementées et doivent être réalisés par une personne professionnellement qualifiée, ou sous son contrôle effectif et permanent. La DGCCRF indique notamment qu’un esthéticien doit disposer au minimum d’une qualification de type CAP pour les soins concernés. Légifrance
Les différents types de location
Formule Fonctionnement À surveiller
Location mensuelle fixe La cabine est réservée à la professionnelle Engagement, charges, préavis
Location à la journée Paiement uniquement pour certains jours Disponibilité de la cabine
Location à la demi-journée Adaptée à un début d’activité Organisation du planning
Cabine + services Mobilier, eau, électricité, Wi-Fi, accueil, ménage… inclus Définir précisément ce qui est inclus
Loyer + pourcentage du CA Une partie fixe et une part variable Bien distinguer location et relation commerciale
Pourcentage uniquement Le salon prélève une commission sur les prestations Attention au statut réel de la professionnelle
Une vraie location de cabine doit préserver l’indépendance de l’esthéticienne. Un indépendant exerce sans lien hiérarchique. Si le salon donne des ordres, contrôle le travail et peut sanctionner la professionnelle, la relation peut juridiquement être considérée comme une relation salariée, quelles que soient les mentions figurant sur le contrat. Travail-Emploi
Cas très important : la sous-location
Si la personne qui exploite l’institut n’est pas propriétaire des murs mais elle-même locataire, elle ne peut pas automatiquement louer une cabine à quelqu’un d’autre.
Dans le cadre d’un bail commercial, l’article L.145-31 du Code de commerce prévoit que la sous-location totale ou partielle est interdite, sauf clause contraire du bail ou accord du propriétaire. Lorsque la sous-location est autorisée, le bailleur doit également être appelé à concourir à l’acte. Légifrance
Donc, avant de payer une cabine, demandez à vérifier que la personne qui vous la loue a réellement le droit de le faire.
Le contrat de location de cabine
Je déconseille fortement une location uniquement sur accord verbal. Il faut un document écrit, même lorsqu’il s’agit seulement de quelques jours par semaine.
Le contrat devrait notamment préciser :
- identité, SIREN/SIRET et coordonnées des deux parties ; adresse et description exacte de la cabine ; jours et horaires auxquels elle est accessible ; montant du loyer et date de paiement ; dépôt de garantie éventuel ; durée du contrat et préavis ; eau, électricité, chauffage, climatisation, Wi-Fi et ménage inclus ou non ; mobilier et appareils mis à disposition ; responsabilité en cas de casse ; utilisation de l’accueil et de la salle d’attente ; stockage des produits ; fourniture du linge ; accès aux sanitaires ; assurance de chacune des parties ; règles d’hygiène ; gestion des déchets ; enseigne et publicité ; possibilité ou non de recevoir sa propre clientèle ; conditions d’utilisation de Planity/Treatwell ou d’un autre logiciel ; propriété du fichier clients ; encaissement des clientes ; utilisation du terminal bancaire ; annulations et remboursements ; responsabilité concernant les prestations ; résiliation anticipée ; état des lieux ; remise des clés et badges ; interdiction ou autorisation de prêter la cabine à un tiers.
Il est particulièrement important d’écrire noir sur blanc à qui appartient la clientèle.
L’esthéticienne doit-elle avoir sa propre entreprise ?
Si elle travaille réellement comme indépendante, oui.
L’esthéticienne fait partie des activités artisanales. Elle doit être régulièrement déclarée et immatriculée. Les formalités passent par le guichet unique des formalités des entreprises, puis l’entreprise est notamment inscrite au Registre national des entreprises. Urssaf
La micro-entreprise est souvent utilisée au démarrage, mais ce n’est pas la seule possibilité : entreprise individuelle classique, EURL ou SASU peuvent notamment être envisagées selon le niveau de chiffre d’affaires, les investissements et les charges.
Qualification professionnelle
C’est un point essentiel.
Le Code de l’artisanat prévoit que les soins esthétiques à la personne autres que médicaux ou paramédicaux, ainsi que les modelages esthétiques de confort, doivent être exercés par une personne professionnellement qualifiée ou sous le contrôle effectif et permanent d’une personne qualifiée. Légifrance
La DGCCRF rappelle que les esthéticiens doivent disposer au minimum d’une qualification professionnelle de type CAP. Par exemple, l’épilation à la cire et la manucure sont considérées comme des soins esthétiques à la personne réservés aux professionnels qualifiés. economie.gouv.fr
Cela signifie également qu’une simple formation privée de quelques jours ne remplace pas automatiquement la qualification réglementaire nécessaire à toutes les prestations d’esthétique.
Laser et lumière pulsée
Depuis 2024, les règles ont évolué. Les esthéticiens dûment formés peuvent pratiquer certaines épilations au laser ou à la lumière pulsée à visée non thérapeutique. Une formation spécifique est obligatoire, avec des règles de sécurité, d’information de la clientèle, d’évaluation du phototype, de maintenance des appareils et de traçabilité. Les modalités de formation ont été précisées par un arrêté du 19 février 2025. economie.gouv.fr
En revanche, toutes les pratiques utilisant un laser ne deviennent pas pour autant accessibles aux esthéticiennes : la DGCCRF rappelle par exemple que le détatouage laser reste réservé aux médecins. economie.gouv.fr
Assurance
Une responsabilité civile professionnelle est indispensable pour couvrir notamment les dommages causés à une cliente dans le cadre des prestations. Service-Public recommande/indique la souscription d’une assurance professionnelle pour l’exploitation d’un commerce. Service Public Entreprendre
Il faut aussi vérifier la couverture du local et du matériel. Idéalement, le contrat précise clairement ce que couvre l’assurance du propriétaire ou du salon et ce que doit assurer la professionnelle qui occupe la cabine.
Par exemple, un appareil professionnel appartenant à l’esthéticienne ne doit pas être supposé couvert automatiquement par l’assurance du salon.
Local et normes ERP
Un établissement dans lequel des clientes sont reçues constitue généralement un établissement recevant du public (ERP). Il est donc soumis notamment aux règles de sécurité et d’accessibilité. Les ERP doivent permettre l’accès aux personnes en situation de handicap selon les règles applicables à leur catégorie et leur situation. Un registre public d’accessibilité doit également être mis à disposition. Service Public Entreprendre
Lors de la location d’une cabine, vérifiez donc aussi la conformité globale de l’établissement et pas uniquement l’intérieur de la cabine.
Affichage des prix
Chaque professionnelle doit pouvoir informer clairement ses clientes des prix qu’elle pratique.
Pour les soins esthétiques, les tarifs doivent être affichés dans l’établissement. La DGCCRF précise que la liste des prestations et leurs prix doit être visible au lieu où la clientèle est reçue, et qu’une partie des prix doit également pouvoir être lue de l’extérieur. Les montants annoncés au consommateur doivent correspondre aux sommes effectivement dues et être présentés toutes taxes comprises lorsque la TVA s'applique. economie.gouv.fr
Cela devient particulièrement important dans un institut où plusieurs indépendantes exercent avec des tarifs différents.
Médiateur de la consommation
Une esthéticienne indépendante qui vend des prestations à des particuliers doit également prévoir l’accès à un médiateur de la consommation en cas de litige avec une cliente et en informer ses consommateurs dans les conditions prévues par la réglementation. Service Public Entreprendre
Micro-entreprise : seuil en 2026
Pour 2026, 2027 et 2028, le plafond du régime micro applicable aux prestations de services est de 83 600 € de chiffre d’affaires. Bofip
Pour une prestation artisanale relevant du micro-BIC, l’abattement fiscal forfaitaire est normalement de 50 %. Cela ne signifie pas que 50 % de vos dépenses vous sont remboursées : c’est un abattement utilisé pour calculer le revenu imposable. impots.gouv.fr
Le taux micro-social de référence pour les prestations de services commerciales ou artisanales est de 21,2 % du chiffre d’affaires, hors éléments complémentaires éventuels comme la contribution à la formation professionnelle et hors impôt sur le revenu. Service Public Entreprendre
Attention : micro-entreprise et TVA ne sont pas la même chose
C’est une erreur très fréquente.
Vous pouvez rester en micro-entreprise tout en devenant redevable de TVA.
En 2026, pour les prestations de services, la franchise en base de TVA utilise notamment un seuil de 37 500 €, avec un seuil majoré de 41 250 € pour certaines situations de dépassement. Le BOFiP donne notamment l’exemple d’un prestataire qui conserve la franchise lorsqu’il reste dans les limites prévues, mais qui la perd à compter du dépassement du seuil majoré. impots.gouv.fr
Ainsi :
Régime Seuil principal 2026 pour les prestations
Micro-entreprise 83 600 €
Franchise en base de TVA 37 500 €
Seuil majoré TVA 41 250 €
C’est donc parfaitement possible d’être micro-entrepreneuse + assujettie à la TVA.
ACRE en 2026
L’ACRE peut réduire certaines cotisations sociales au démarrage lorsque les conditions sont réunies. Les règles ont évolué en 2026 : l’Urssaf indique notamment que, pour certains créateurs non salariés, l’exonération porte désormais sur 25 % de certaines cotisations lorsque les revenus sont dans la tranche concernée. Urssaf
Il faut donc éviter de construire un prévisionnel 2026 à partir d’anciens articles parlant systématiquement de « 50 % de réduction pendant un an ».
CFE
Il faut également anticiper la cotisation foncière des entreprises (CFE). Elle concerne normalement les entrepreneurs, y compris de nombreux micro-entrepreneurs. La première année d’activité bénéficie toutefois d’une exonération, et son montant ultérieur dépend notamment de la commune et des caractéristiques de l’activité. Service Public Entreprendre
Quel loyer accepter ?
Il n’existe pas de tarif national officiel pour une cabine esthétique. Le prix dépend fortement de la ville, du quartier, de la surface, de l’état de l’institut, du nombre de jours disponibles, du mobilier, du matériel fourni et des services inclus.
Il faut surtout raisonner en coût total, pas uniquement en « loyer de cabine ».
Par exemple, un contrat à 500 € par mois peut être moins intéressant qu’un contrat à 650 € si le premier vous oblige à payer séparément le linge, le ménage, Internet, le logiciel de rendez-vous, la réception et le stockage.
Pour juger une offre, comparez toujours le loyer réel au chiffre d’affaires que la cabine peut raisonnablement produire.
Qui encaisse les clientes ?
Le montage le plus clair pour une véritable indépendante est généralement celui où l’esthéticienne dispose de sa propre entreprise, ses propres prestations, ses propres tarifs et sa propre facturation.
Si toutes les clientes paient le salon, que le salon fixe les prix, impose les horaires, décide des prestations et contrôle la manière de travailler, la situation s’éloigne d’une simple location de cabine. Le ministère du Travail rappelle que l’existence réelle d’un lien de subordination — ordres, contrôle de leur exécution et pouvoir de sanction — peut conduire à remettre en cause le statut indépendant. Travail-Emploi
Pour la propriétaire de l’institut
Si vous souhaitez mettre votre cabine en location, je vous conseille de vérifier en priorité votre bail commercial et l’autorisation éventuelle du propriétaire, l’assurance, la conformité ERP, le montant réellement rentable de la location et la séparation entre votre activité et celle de l’indépendante.
Votre contrat doit aussi régler des sujets très concrets : clientes communes, accueil téléphonique, agenda en ligne, ménage, linge, consommables, utilisation du matériel, accès hors horaires d’ouverture, publicité sur la vitrine, clés, dépôt de garantie, préavis et données clients.
Pour l’esthéticienne qui veut louer
Avant de signer, vérifiez principalement qui est réellement le propriétaire ou locataire du local, si la sous-location est autorisée, le coût toutes charges comprises, la durée et le préavis, l’accès à la cabine, vos possibilités de publicité, la propriété de la clientèle, les équipements inclus et votre droit de fixer librement vos tarifs et votre organisation.
Demandez également un exemplaire du contrat avant de verser un dépôt de garantie.
Le montage que je privilégierais
Pour une professionnelle qui débute seule, une formule assez simple est souvent : micro-entreprise indépendante + cabine équipée louée à prix fixe + contrat écrit + clientèle et encaissement propres + RC professionnelle + liberté sur les tarifs et l’organisation.
C’est beaucoup plus lisible qu’un système dans lequel le salon encaisse tout et reverse ensuite un pourcentage.
Si vous me donnez la ville, le prix de la cabine, le nombre de jours par semaine et les prestations que vous voulez faire, je peux aussi vous établir un budget complet de rentabilité (loyer, Urssaf, TVA, produits, bénéfice mensuel et nombre minimum de clientes).
Ce que KUUNA prend en charge
KUUNA centralise les contrats adaptés au parcours, leur signature électronique, les justificatifs des parties et la traçabilité du dossier. Cette organisation formalise l’indépendance des professionnels et réduit le risque de requalification lié à une relation mal documentée.
Comment ce guide a été construit
Ce guide rassemble les critères pratiques utiles aux professionnels de la beauté pour préparer leur décision.